Moi, « Gilet jaune », ai-je le devoir de douter de mon action ?
- Yann Batailhou

- 15 nov. 2018
- 3 min de lecture
Sous couvert d’une action solidaire, je ne prends peut-être pas conscience qu’en vérité mon acte est individualiste : la principale motivation qui m’anime, ne serait-elle pas celle de conserver mon « pouvoir d’achat » ?
Et si l’origine de ma volonté de réagir provenait uniquement du fait que l’on s’en prenne à mon porte-monnaie. Aussi légitime puisse-t-elle paraître, mon action est sur le point de prendre de manière confuse une allure de solidarité parce que j’ai trouvé auprès de certains de mes homologues, avec qui je n’ai finalement pas plus de points communs que cela, des complices. Nous serions devenus complices parce que nous confondons l’action purement altruiste avec une action dont le principal objectif est, au bilan, de servir un intérêt personnel. Pour certains qui ne partagent pas notre point de vue, cela pourrait peut-être même prendre l’aspect d’un acte égoïste, et provoquer la colère : et j’en serai responsable.
La solidarité, si elle m’animait vraiment, je pourrais la défendre au travers de biens d’autres causes :
- Venir en aide aux plus démunis ?
- Lutter contre le lobby de l’immobilier qui coule dans le béton l’équivalent d’un département français tous les dix ans ?
- M’opposer au lobby de l’agriculture intensive et aux députés qui lui accorde le droit de déverser ses pesticides dans la nature ?
- Défendre le droit des femmes pour qu’elles deviennent réellement l’égal des hommes ?
- Lutter contre le racisme, de quelque forme qu’il soit ?
- Tenter d’abolir la misère ?
- Sauver la planète de la destruction ?
- M’interposer contre les dictatures de ce monde ?
- Et que sais-je encore ?
Un instant, je me remets en cause : ne vaudrait-il pas mieux que je mette tout en œuvre pour éviter qu’un jour mes chères petites têtes blondes se retrouvent en situation de détresse parce que papa et maman, « Gilets jaunes » de leur temps, préféraient protester contre la hausse du prix de l’essence, davantage préoccupé par l’avenir de leurs économies que par celui de leurs enfants, plutôt que de s’indigner de ce que le monde allait devenir : une Terre stérile, dénaturé, baignant dans le sang…une Terre de conflits…une Terre brûlante et brûlée ? Nous nous saurions alors trompés de cible…et plutôt que de revendiquer la pureté et la paix dans le monde, nous aurions provoqué des émeutes pour parvenir à nous payer enfin cette voiture suréquipée dont avions tant rêvé…et qui nous aura tant fait consommé de ce « cher » carburant…et surtout pollué de ce très cher oxygène.
Alors je me questionne pour ce week-end : ne devrai-je plutôt pas réserver mon énergie à des causes plus honorables, plus universelles. Laisser aller en paix ceux qui doivent travailler ce week-end pour gagner leur vie, ceux qui profiteront de ce moment de répit pour se reposer, prendre l’air ou aller visiter ceux qui leur sont chers, ceux qui iront rejoindre leurs proches ou bien même ceux qui iront servir la soupe chaude à d’autres qui en auront bien besoin.
Devrai-je interdire à ces gens de vivre leur vie au risque de provoquer une rixe malheureuse entre citoyens et peut-être même pire…et contrairement à ce que je pourrai penser, l’Etat aurait gagner : car sans le vouloir, à cause de moi, il sera peut-être parvenu à diviser pour mieux régner…
Et de tout ça, je ne pourrai en supporter la responsabilité.






























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