L'écologie en pleine démagogie
- Yann Batailhou

- 10 avr. 2018
- 4 min de lecture

Que penser de ça ?! (cf. photos / © Yann Batailhou)
Le panneau « Ici les agriculteurs produisent en respectant la biodiversité » a été posé récemment. Sa pose « coïncide » avec les différentes campagnes de sensibilisation qui ont eu lieu dernièrement concernant les oiseaux des milieux agricoles: 20h de France 2 du 20 mars 2018, article sur le figaro.fr publié à la même date, etc.
Au-delà du fait que les agriculteurs ne veulent pas être tenus responsables de la situation, il s’agit là d’une (ré)action bien pire que ça ! Beaucoup parlent de prise de conscience alors que je n’en vois pas la moindre lueur.
Comment peut-on parler de prise conscience quand l’urbanisation fait couler dans le béton l’équivalent d’un département français tous les 6-7 ans. Et ce n’est pas fini…on dirait même que ça ne fait que commencer.
Comment peut-on parler de prise de conscience quand l’agroforesterie ne permet aucun vieillissement des parcelles et contribue à l’uniformisation des habitats forestiers. Après les oiseaux de plaine, allons-nous lancer une campagne de sensibilisation des oiseaux forestiers ? D’ailleurs, existe-t-il seulement un cortège épargné (Car même des espèces opportunistes sont classées nuisibles : autrement dit, il suffit que certains oiseaux survivent à l’homme pour qu’ils deviennent alors indésirables) ?
Quant à l’opinion publique, dont on espère un rebond de « conscientisation », c’est elle qui réclame des ZAC, des routes et des autoroutes, des voies ferroviaires en plus, des lotissements, des espaces verts propres et bien entretenus. C’est elle qui désigne comme terrain à « vermines » ce qui constitue friches, broussailles ou simple prairie naturelle dont la hauteur dépasserait les 5 cm « réglementaires « (selon ses normes). C’est elle aussi qui pointe la profession agricole du doigt bien que, dans toutes les grandes enseignes de jardinerie, les rayons qui font un maximum de chiffres d’affaires sont ceux des produits phytosanitaires. Je vis à la campagne et, en plein mois d’avril, alors que la saison de reproduction des oiseaux vient de commencer, l’opinion publique fait des coupes rases dans ses bois et bosquets, entame le bal des tondeuses qui durera sans cesse jusqu’au mois d’octobre et commence à déverser tous azimuts désherbants et autres pesticides. L’opinion publique ne se comporte pas mieux que les professionnels, qu’ils soient agroforestiers, agriculteurs ou promoteurs immobiliers : la seule différence qu’il y a entre ces deux mondes ne concerne pas la façon de procéder mais la surface concernée (bien que mis bout à bout, plusieurs jardins finissent par représenter autant d’hectares qu’une parcelle de céréales).
S’ajoutent à cela les parcs éoliens et photovoltaïques qui induisent des effets cumulés avec tout le reste. Installations que l’opinion publique ne souhaite pas, enfin si : chez son voisin.
Et qu’en est-il de la prise de conscience chez nos « amis » agriculteurs ? Si je me risquai à émettre un chiffre, je dirai qu’environ 20% d’entre eux se sentent concernés par la biodiversité et la protection des paysages et des écosystèmes : 20% qui pourraient bien correspondre à la minorité qui tente de préserver des systèmes de polyculture-élevage, ou qui se reconvertissent éventuellement en bio. Ces fameux 20% dont certains se suicident chaque année parce qu’ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts, tandis que leurs homologues intensifs (oups, pardon, « conventionnels » plutôt) vivent de primes tout en nous refilant des cancers et maintes perturbations endocriniennes. Cette majorité relativement agressive, quoiqu’on en dise, à qui l’on a brossé le poil pendant des années sous couvert de diplomatie alors qu’il s’agissait surtout de veulerie. Il suffisait alors de se rendre dans une réunion de concertation Natura 2000 pour voir comment il fallait se mettre à plat ventre devant la profession agricole afin d’obtenir un carré de luzerne censé préserver l’Outarde canepetière…et pourquoi pas poser un panneau : Ici, les agriculteurs préservent la biodiversité. Alors, maintenant que nous sommes à deux doigts d’avoir perdu veaux, vaches, cochons et avec eux oiseaux, insectes, mammifères, amphibiens et reptiles (je laisse la flore aux spécialistes), on commence à se réveiller (il était temps) et on fait campagne : comme à l’accoutumé, certains diront que c’est mieux que rien. Il y a un hic tout de même : comment allons-nous stopper les prochains tractopelles qui construiront notre prochain centre commercial ou la prochaine LGV Toulouse-Paris (qui reçoit un avis favorable de 80% de l’opinion publique, cette dernière étant en pleine « prise de conscience » cela dit en passant) ou cette course à la conquête du monde en souhaitant toujours s’aligner sur les États-Unis et entrer en course ou en partenariat avec l’empire chinois : on n’est pas prêt de préserver nos champs, nos forêts, nos zones humides, nos coteaux calcaires, nos milieux aquatiques déjà mis à mal par plus de 60 ans de politique de développement non durable, et surtout non viable.
Mais il y aurait une prise de conscience, parait-il...D’ailleurs les lobbies eux-mêmes sont conscients…
Tellement conscients d’être puissants qu’ils se permettent cynisme et provocation : bien plus que d’admettre leurs responsabilités, ils finissent par prétendre être favorables à la biodiversité et respectueuse d’elle. Hallucinant !
Non seulement, ils versent dans le déni ou la mauvaise foi la plus totale mais, en plus, ils vont jusqu’à nous faire croire que, sans eux, la biodiversité n’existerait pas.

Alors merci pour ces campagnes de sensibilisation qui, je l’espère, finiront d’émouvoir les convaincus et feront prendre conscience aux profanes que leurs vilains voisins sont responsables du déclin des oiseaux tandis qu’eux n’ont rien à se reprocher avec leurs maisons Phénix© ou Batibal© construites sur la dernière prairie ou friche du coin (vendu à 1 euro peut-être ? cf. https://www.francetvinfo.fr/economie/votre-argent/terrains-a-1-euro-l-espoir-des-maires_2619194.html), leurs carrés de gazon tondu au ras, et leurs « arbres à papillons » (exogènes et invasifs) dont on ne parvient pas à stopper la vente, tandis que planter une Aubépine demeure interdit.
Quant à la « prise de conscience », que ce soit celle du citoyen « ordinaire » (aussi « ordinaire » qu’une partie de la biodiversité) ou celle des grands céréaliers et de leurs représentants, je pense que beaucoup d’entre nous en manque quand il s’agit d’estimer l’ampleur de la tâche. Aussi, une question me préoccupe : nous restera-t-il des oiseaux à compter ?






























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