Soit tes grenouilles, soit tu dérouilles !
- Yann Batailhou

- 25 janv. 2018
- 4 min de lecture
Splendeur de la justice française, illustrée ici par une situation complètement alambiquée :
Les époux Pecheras se retrouvent contraints, par une injonction de justice, de combler une mare historique (apparemment centenaire, voire davantage) suite à la plainte de leurs voisins (qui se plaignent du bruit causé par les coassements des grenouilles).
Cependant, la mare contient des espèces protégées et ne peut donc pas être comblée pour cette raison (sinon, il y’a destruction intentionnelle d’un habitat naturel occupé par lesdites espèces).
Ainsi, comment peut-on résoudre le problème suivant (problème à soumettre à l’épreuve finale d’un Master 2 spécialisé en droit de l’environnement ou du code civil, au minimum) ? En voici l’énoncé : comment éviter de combler une mare contenant des espèces protégées afin de ne pas commettre une infraction au code de l’environnement alors qu’une décision de justice nous oblige précisément à combler cette mare (si besoin, relisez l’énoncé plusieurs fois qui, à lui seul, vaut son pesant d’or : si vous ne le comprenez pas tout de suite, c’est normal parce que la question est tordue, tout comme la situation des époux Pecheras actuellement). Pour vous aider, je vous reformule l’énoncé autrement (sous forme de pseudo-blague): puis-je combler ma mare, alors que c’est interdit par la justice, pour justement être en règle avec la justice qui me condamne à le faire ? (Je vous rappelle que nous sommes en Gaule : donc, rien d’étonnant à tout cela dans un pays ou pour se procurer le laisser-passer A38, il faut déjà avoir rempli le formulaire bleu dont l’acquisition n’est possible que si vous avez déjà obtenu le laisser-passer A38).
Aussi, comme réponse adaptée aux circonstances, je n’en vois qu’une qui soit opportune : vous êtes « échec et mat » ! Mais comme l’affaire est « très sérieuse », le couple Pecheras se voit saisi de ses comptes bancaires afin de permettre l’indemnisation de leurs voisins (si jusqu’à maintenant on pouvait trouver la blague drôle, là elle le devient de moins en moins).
Alors que penser de la justice ? J’ai encore en mémoire le téléfilm du 24 janvier 2018 sur France 2 intitulé Je voulais juste rentrer chez moi, consacré à Patrick Dils, suivi du débat sur les erreurs judiciaires…Si le contexte et l’enjeu sont très loin d’être les mêmes, je trouve quand même une forme de partialité à tout cela qui ne vient en rien arranger ma vision quelque peu sceptique, non pas de la justice, mais plutôt de ses représentants quand je constate le niveau d’ineptie dans lequel on est capable de verser.
Que pensez aussi de cette idée franchement reçue comme quoi il paraîtrait qu’une prise de conscience écologique existe aujourd’hui ? Suffirait-il qu’on abandonne le projet de Notre-Dame-des-Landes pour oublier que d’autres cas analogues, plus ou moins importants, existent par millions au niveau national (le présent cas des époux Pecheras - qui eux voudraient juste rester en paix chez eux - en est un exemple parmi tant d’autres) ?
Et surtout, que peut-on imaginer à propos des voisins des époux Pecheras ? Citadins en manque de bol d’air et de tranquillité venus s’installer à la campagne à la faveur de la nouvelle autoroute et ligne TGV (spéciale dédicace à nos « amis » toulousains qui veulent leur ligne TGV, eux aussi, sans forcément réfléchir à toutes les conséquences que cela entraînera) ? Citoyens adeptes du calme et du repos ainsi que des activités de jardinage multiples et variées usant de tailles-haies, débroussailleuses, tronçonneuses, tondeuses et autres outillages mécanisés enchantant nos belles matinées du week-end ? « Amoureux » de la nature venus profiter de tous ses avantages sans ses « inconvénients », exigeants que soient éliminées les sources de « bruits indésirables » (selon leur point de vue) émanant de la vie sauvage, rendant ainsi paradoxale leur décision première d’habiter à la campagne ? Ou encore, personnes aux revenus confortables n’hésitant pas à mettre sur la paille une famille pour rendre encore plus confortable leur vie, imposant ainsi leur vision du monde, soutenu par la justice bordelaise et parisienne (citadines elles aussi donc) ! Ou bien tout cela à la fois ?
Tant de questions et d’hypothèses autour de cette partie obscure du dossier qui, à mon avis, mériterait d’être étayée…ne serait-ce que pour se faire une opinion plus précise concernant les véritables victimes de cette affaire : serait-ce celles qui souffrent du bruit (d’un certain bruit plus précisément) ou plutôt celles qui, de manière despotique, se voient dans l’obligation d’enterrer un patrimoine longtemps conservé pour répondre aux normes et exigences d’une société « moderne » et de ses partisans qui pensent s’affranchir des services rendus par les écosystèmes sans en avoir un jour le prix à payer : celui de la Vie.
S’il vous plait, signez cette pétition (visionner la vidéo aussi, c’est à la fois touchant et indignant), c’est le minimum que vous puissiez faire…même si l’on sait que les pétitions ne servent pas forcément à grand-chose, elles ont au moins le mérite de faire en sorte que certaines personnes se sentent moins seules dans un monde qui dégénère.































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