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L’écologie, vraiment plus que jamais ?

  • Photo du rédacteur: Yann Batailhou
    Yann Batailhou
  • 15 oct. 2017
  • 7 min de lecture

En réaction à l’article de CNEWS Matin n° 2137 du vendredi 13 octobre 2017, page 4 (cf. ci-dessous) :

« De nombreuses mesures en faveur de l’environnement. L’écologie plus que jamais »

L’article de CNEWS Matin démarre fort avec cette introduction digne de notre posture franchouillarde coutumière, toujours les plus grands, toujours les plus forts : « La France multiplie les initiatives pour la planète. Un combat qu’elle semble seule à mener ».

L’auteur (anonyme !) de cet article nous le démontre : elle est culotée la France ! Comment prétendre qu’elle est la seule à mener un combat pour la planète au moment même où elle contribue autant que les autres pays à la destruction de son patrimoine naturel ? L’artificialisation des sols va bon train sans parler de l’uniformisation de nos campagnes et de nos forêts par des pratiques agricoles et de sylviculture intensives.

À l’heure où le droit environnemental est encore contourné ou remis en cause, où l’érosion de la biodiversité s’accentue, où la pollution de l’air, des eaux et des sols s’amplifie, où les innombrables constructions empiètent sans commune mesure sur les terres, où la moindre parcelle de terrain fait l’objet de toutes les spéculations foncières et où l’appétit de rentabiliser ces parcelles ne laisse aucune chance à la nature d’exister, on voudrait nous faire croire que seule la France se préoccupe du sort de la planète. C’est un peu oublier le Costa Rica quand même.

Il suffit alors de tomber dans les lieux communs de ce que les gens pensent être l’ « écologie » pour faire avaler la pilule d’une France impliquée dans la gestion soi-disant durable de la planète. Comme si l’écologie s’inscrivait exclusivement dans une persévérance à conduire et à consommer « proprement ».

À un moment donné, la question de l’interaction de l’espèce humaine avec la nature se pose-t-elle ? Est-on à se demander : que vais-je induire ici comme désordre écologique si j’abats un arbre centenaire ou si je construis sur une prairie naturelle ? Suffit-il alors de mettre le carton et le plastique dans les bons containers pour se donner bonne conscience ? Ou encore, suffit-il d’acheter le dernier modèle hybride de chez Toyota®, estampillé « écolo », bien qu’on n’en ait rien à faire de l’écologie mais plutôt de l’image qu’on donne dans une société où le véhicule est l’un des principaux objets sociaux de reconnaissance ?

Et le reste du temps… s’employer à user de pesticides dans son jardin… faire prévaloir à l’utilisation d’outils mécaniques celui systématique d’engins motorisés… construire absolument sur ce dernier petit verger ou sur cette dernière prairie en périphérie de village ou être favorable à cette énième déviation ou voie rapide qui nous reliera un quart d’heure plus vite à cette autre ZAC que nous avons tant souhaitée…


Et là, en lisant l’article, je m’émerveille quand même un peu : la « bétonisation » est enfin pointée du doigt ! Merci Monsieur Hulot, il était plus que temps d’en faire part et ça nous change des considérations habituelles… mais attention quand même : il ne faudrait pas que votre engouement à sauver la planète vous fasse commettre quelques erreurs d’appréciation et d’anticipation regrettables.

En effet, sont alors exposées des « propositions », en commençant d’abord par ce qu’il se doit, c’est-à-dire les priorités devenues incontournables et ordinaires : la voiture et l’énergie.

Et voici de nouveau une « prime à la casse pour tous les propriétaires d’un vieux véhicule polluant », « une aide pour aider (oui, « une aide pour aider », je ne fais que retranscrire) les ménages à changer leur chaudière au fioul » et « l’idée de taxer les propriétaires de logement mal isolé ».

Alors cette question s’est posée à moi : aurait-on vraiment envie d’avoir un logement mal isolé, avec ou sans taxe à payer ? Personne, je crois, ne souhaite posséder un logement mal isolé. Ah si ! Éventuellement, certains « gros » propriétaires possédant plusieurs appartements, vivant de leur dividende et se moquant pas mal de savoir si leurs locataires « se les gèlent » durant l’hiver. Du moins, ceux-là n’auront qu’à prendre dans leurs économies pour faire les travaux nécessaires.

Mais qu’adviendra-t-il des personnes qui n’ont pas ou plus les moyens d’une mise aux normes ? En plus de leurs emprunts sur 20 à 30 ans pour payer leurs maisons « pas chères », faudra-t-il qu’elles prévoient une taxe à payer si le niveau de leurs comptes en banque ne permet pas d’isoler leurs maisons correctement ? Et après ça, comment leur sera-t-il possible d’envisager l’achat d’une voiture ou d’une chaudière ?

Les primes ne permettront jamais d’absorber le coût total d’achats de matériels, de matériaux, de travaux et de nouvelles voitures. Il faudra payer la différence entre l’acquisition d’une voiture « propre », d’une chaudière « propre », de travaux d’isolation et les primes obtenues pour le faire.

Dans l’histoire, je vous laisse deviner qui s’en sortira le mieux : on n’est pas loin de revenir à l’époque de la bourgeoisie et des gueux. Préparez-vous à braconner à nouveau le Lapin de garenne (en liste rouge des espèces menacées cela dit en passant…si, si…et ça se passe en France, la championne de l’écologie semble-t-il).


Nous avons emprunté le mauvais chemin. La remise en cause de notre société aurait dû se faire il y’a déjà bien longtemps, au moins juste après les 30 glorieuses (disons donc au milieu des années 70), au plus dès le Plan Marshall. A ce moment, au regard de ce que nous avions déjà entamé comme destruction, il aurait été possible d’entrevoir de nouvelles politiques, de nouvelles façon de gérer nos territoires ou de nouvelles mesures à mettre en œuvre progressivement. Il aurait été opportun de visiter nos erreurs du passé pour ne pas continuer à les reproduire encore et encore, la tête dans le guidon, et pour ne pas en arriver là : adopter des réformes qui pourraient avoir comme principale conséquence de déstabiliser en premier lieu les ménages les plus modestes, dont tous n’ont pas forcément souhaités ces politiques de croissance passées, dépassées même, mais toujours d’actualité, et je dirai d’ailleurs qui les ont subi pour certains.

Et après avoir enduré les dispositions de nos anciens dirigeants, nous nous verrons contraints d’endurer celles de leurs successeurs au trône, nous mettant toujours plus dans le rouge de la galère financière dans laquelle nous sommes déjà, pour la plupart.

Le comble de l’ironie, c’est que j’aurai acheté une maison construite avant 1950 pour respecter cette éthique écologique qui consiste à ne pas empiéter une fois de plus sur un espace naturel ou agricole. Mais l’ancienneté de ma modeste demeure pourrait me mettre dans le bouillon des taxes à venir (ou me faire prendre un crédit de plus pour me mettre aux normes, quitte à m’endetter) et mon voisin, celui qui aura construit du neuf sur un des derniers petits vergers du coteau où j’habite, ne sera pas concerné tant bien même il aura contribué à artificialiser et à rendre inaccueillante pour la biodiversité la parcelle qu’il aura acheté. En voulant faire de l’écologie, je me serai mis à l’amende tandis que lui s’en sortira mieux avec sa maison « propre », même si son terrain n’est plus sain.


Alors, quand le gouvernement s’occupe d’écologie, est-il en train de se tromper de cible prioritaire ? Pas forcément. Mais une chose est sûre, c’est que toutes les urgences écologiques ne sont pas traitées à un même degré. Et que celles qui sont avant toutes considérées visent principalement les contribuables des classes moyennes et basses et, pas nécessairement, les personnes qui auront les moyens d’assurer leur « transition écologique » ni celui des enseignes qui profiteront de la conjoncture. Un brin dubitatif, je pourrai presque croire que la nouvelle donne écologique servirait de prétexte à nous faire encore acheter du neuf, nous forçant ainsi à rester dans une société consumériste.

Aussi, est-il indispensable que ce gouvernement prenne conscience que la façon de faire sa politique comptera autant que le fond… au risque de voir la « fracture sociale » se fissurer davantage.

Quant à sa « réelle prise de conscience » à propos de l’écologie, permettez-moi d’en douter quand je vois apparaître les petits et grands chantiers actuels et à venir de nos élus locaux, de nos ingénieurs urbanistes et de nos développeurs économiques, totalement en paradoxe avec le fameux « la France multiplie les initiatives pour la planète » et avec « de nombreuses mesures en faveur de l’environnement ». Mais ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un gouvernement sera capable de dire tout et son contraire, prônant des mesures totalement incompatibles avec les autres. « Mettre fin à l’exploitation des hydrocarbures à l’horizon 2040 » est une décision salutaire mais se focaliser sur cet enjeu ne doit pas faire oublier d’autres questions environnementales, tout aussi importantes, et nous faire passer pour les rois du monde en terme de « combat » pour sauver la planète.

La voiture électrique sera-t-elle en mesure de se passer de nouvelles routes et autoroutes dont on ne cesse la construction, sachant que notre population augmente toujours ?

Idem pour les logements : combien d’hectares seront encore sacrifiés au béton sous couvert de construire des maisons écologiques ou des écoquartiers pour les millions d’habitants à venir?


Alors pour palier à cette dernière problématique, on voit se profiler à l’horizon une « taxe béton » qui va certainement connaître le même tollé que la « taxe poids lourds », le « poids lourd » maintenant visé étant celui de l’immobilier, donc pas un des moindres.

Quitte à avoir un levée de boucliers, autant interdire dès à présent l’extension de l’urbanisation (en France et ailleurs) car la « taxe béton » n’empêchera pas l’étalement urbain, elle ne fera que le ralentir un temps tout au plus. Et les promoteurs les plus puissants en sortiront vainqueurs laissant sur la paille leurs concurrents plus modestes : ça, c’est pour ce qui concerne les lotisseurs.

Maintenant, si cette « taxe béton » concerne les ménages, tant mieux ! Elle évitera peut-être certains particuliers de construire des maisons neuves au milieu des champs et aux maires de délivrer des permis de construire à tour de bras.


Enfin, je vous passe le discours habituel de fin d’article qui consiste à dire « regardez ailleurs, c’est encore pire », discours qui nous permet de demeurer dans la médiocrité tout en continuant à chanter « cocorico » sur notre bon vieux tas de fumier.


À bon entendeur…



Références :

Article de CNEWS Matin n° 2137 du vendredi 13 octobre 2017 (édition nationale), page 4 (cf. PDF complet accessible sur http://www.cnewsmatin.fr/editions-pdf / également disponible en PDF, page 12, pour l’édition de Bordeaux à l’adresse url suivante : http://www.bordeaux7.com/app/uploads/sites/5/2017/10/vendredi-1.pdf )

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